l'élagage

un accompagnement de taille

Les premières plantations de l'arboretum datent de 1975.De mémoire d'ancêtres, deux hectares et demi étaient, jusque là, une prairie à vaches puis à moutons. Le demi hectare restant fut cultivé vers 1900 en potager professionnel.

Le pré est la condition de culture la plus difficile :
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Pas de déchets végétaux (bétail, foin) ou animaux (excréments en majeur partie récupérés pour le potager)
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Biotope pauvre (mono - spécificité végétale, peu d'oiseaux, d'insectes)
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Sol épuisé (surexploitation par le bétail)
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Tassement du sol par le bétail et les machines d'entretien

L'idée de départ du jardin, c'était ces forêts, finlandaises ou canadiennes, avec la cabane au milieu ; un grand sous-bois.

Le goût des arbustes n'est dû qu'à l'impatience de l'époque de voir un jour des masses de verts buissonnants, des feuilles mortes recouvrir le sol en hiver, des branches tombées craquer sous les pieds et des odeurs de champignon du bois pourri. Dans ce paysage imaginé, la fleur ne m'a jamais traversé l'esprit, sans doute du fait de la descendance de marchands de pensées et géraniums en plus de quelques traces judéo-chrétienne de fleurissement événementiel, mariage ou enterrement.

Un arbre, c'est un tronc, qui ne prend pas de place au sol, avec une écorce à regarder, à toucher, et aussi plus tard à faire des meubles, ou du feu ; dessous, j'y vais rarement et dessus, il y a plein de monde et le savoir me suffit pour ne pas avoir besoin de le déranger.

Les plus grands et plus vieux arbres proviennent de glanage dans les bois alentour, et ce n'est qu'à partir de 1985 que la vocation d'arboretum comme jardin de collection s'est progressivement imposée.

Au début . . . on pense à planter, à faire des feuilles, des branches, de l'ombre ; supprimer une branche, c'est supprimer le résultat recherché (sauf pour ceux qui sèment dans le seul but réel de faire souffrir leur progéniture ; c'est d'ailleurs dommage que certains leur attribuent aussi le titre de jardinier. On a vu déjà et on en reparlera encore, l'homme se justifie souvent par sa capacité à détruire ; ce qui me gène particulièrement ici, c'est surtout que faire mal semble lui faire encore plus de bien à lui, l'homme qu'il se dit).

Les premières* leçons d'élagage m'ont pourtant été données par les moutons, l'objet d'alors étant de mettre les branches basses hors de leur portée ; donc, couper les branches basses pour entourer le tronc d'un grillage.

L'élagage, tout comme les autres tailles ici, n'est donc effectué que comme accompagnement du développement naturel de l'arbre, avec juste l'anticipation nécessité par les difficultés de culture du départ, et la grande diversité des espèces par rapport à la surface donnée.
Les difficultés de culture du départ, c'est à dire le pré, un milieu trop ouvert et donc trop de branches basses qui meurent toutes seules au fur et à mesure, en tous cas avant d'être trop grosses, lorsque l'arbre croît dans le milieu plus naturel de la forêt.
La surface donnée, eh oui, ici aussi elle est trop petite, ou les arbres sont trop nombreux, ou je les aime trop pour en préférer un, alors la "place", forcément elle manque, vite et un jour on pense que peut-être on peut planter justement assez près l'un de l'autre le tulipier de Chine et celui d'Amérique, d'autant qu'on voit rarement les deux côtés d'un arbre en même temps ; et puis, on se souvient aussi du hêtre et du sapin, déjà vieux et toujours accolés, admirés au-dessus de l'Arly. D'ailleurs et on reparlera donc là,  mettre une plante en valeur, bon, d'accord, mais point besoin de piédestal ; on ne gagne pas sa place à l'ombre en mettant les autres au soleil.

Le paysagisme, l'imposition à l'arbre d'une image de l'arbre n'a pas cours ici. Seul l'arbre, dans son milieu naturel qui est au moins le bois est pris en considération. Cette considération ne peut cependant pas s'envisager "une fois pour toutes" ; "accompagnement" est important ; et la décision envisagée aujourd'hui peut-être remise en cause par demain, le vent, le froid, le soleil, la pluie ou le voisin . . . je veux dire l'arbre voisin. J'espère que les arbres me survivront et je m'en voudrais alors de leur avoir imposé quoi que ce soit voulu définitif.

A oui, j'ai failli oublier :
                        donc, pour tailler,
                                     toujours avoir le sécateur dans la poche
                                                  pour apprendre chaque jour à ne pas s'en servir

(Les oiseaux, les champignons, les insectes . . . sont aussi des organismes vivants, donc s'il existe des méthodes d'élagage, il n'y a aucune obligation, les décès d'êtres humains suite aux chutes de branches au cours d'une promenade en forêt étant assez rares)

Pour ceux qui pensent que de la science découle le reste, il suffit d'appliquer la règle de l'art naturel des tiers** :
    - on conserve toujours au minimum 3 étages de végétation (sur les jeunes plants)
    - on coupe des branches de maximum 3 x 3cm de diamètre
    - on supprime au maximum 30% de la surface foliaire du feuillage . . .
    - . . . qui se reconstitue en 3 ans
    - on renouvelle donc l'opération tous les 3 ans jusqu'à deux fois 3 mètres de haut,
de façon à obtenir avec le temps un équilibre entre les 3 modèles principaux, arbrisseaux - arbustes - arbres, de 2/3 d'espace libre aux vents entre chaque modèle.

C'est le moins pire de l'interventionnisme à adopter ; de toute façon, ensuite, la nature se chargera d'elle même à remettre le désordre existentiel nécessaire à sa cohérence.

** loi, aussi esthétique, fondamentale que le français essaie toujours aussi vainement de combattre, même si dans le cas présent il est aussi simple d'élaguer 10% par an tous les ans

*mes autres formateurs  se cachent derrière l'image

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